Climat et environnement : la France n’est pas à la hauteur des enjeux

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Peut mieux faire. Le bilan environnemental de la France pour 2025 révèle des progrès insuffisants en termes de réduction des émissions, mais surtout de préservation des milieux.  

Un état des lieux toujours préoccupant : telle est la conclusion de l’examen du bilan environnemental de la France 2025, publié vendredi 29 mai par le service statistique du gouvernement.  Si le document met en avant quelques progrès indéniables, comme une réduction de 32 % des prélèvements en eau pour l’industrie ou une diminution de 32 % des émissions de gaz à effet de serre (GES)1, ces données sont calculées sur de longues périodes, ce qui en atténue quelque peu la portée au regard de l’urgence climatique et environnementale : sur 16 ans pour les prélèvements en eau, par exemple, entre 1990 et 2024 pour les GES.

Les efforts en matière de climat se sont en outre considérablement réduits. En 2024, le pays enregistrait une baisse de 1,8 % des émissions de GES mais, en 2023, cette diminution atteignait 6,8 %. En 2025, selon le Citepa, elle s’établissait à 1,5% seulement. Pour une majorité de polluants atmosphériques, les émissions générées par l’homme ont également baissé : – 87 % pour le soufre, – 65 % pour les oxydes d’azote, – 52 % pour les particules fines PM10 et – 59 % pour les particules fines PM2,5. Mais, là encore, il s’agit d’un laps de temps conséquent (2000-2024) et des dépassements des normes réglementaires européennes de qualité de l’air subsistent en certains points du territoire, dans les zones urbaines en particulier.

En 2024, les émissions de GES de la France s’élevaient à 369 millions de tonnes équivalentes CO2 (Mt CO2 éq), soit 5,4 t CO2 éq par habitant. Le projet de SNBC 3 publié en décembre 2025 propose des objectifs plus ambitieux : 347 Mt CO2 éq par an en moyenne sur la période 2024-2028, puis 265 Mt CO2 éq sur la période 2029-2033.

Les milieux sous pression

Extraction de matières premières, artificialisation des sols et autres rejets dans l’environnement : les pressions sur les ressources et les milieux, notamment attribuables aux activités économiques, ont en revanche augmenté sans ambiguïté. Ainsi plus 20 000 hectares d’espaces naturels et agricoles ont été consommés chaque année entre 2019 et 2023, soit l’équivalent de plus de 28 500 terrains de football. Aujourd’hui, 8,4 % du territoire français est artificialisé (9,5 % en France métropolitaine). La construction d’habitations se trouve à l’origine de 63 % de cette évolution.

La qualité des eaux de surface s’est améliorée mais les eaux souterraines, elles, restent largement affectées par les pesticides. Sur la période 1980-2025, près de 14 640 captages ont ainsi été fermés. Quant aux milieux humides et aquatiques qui abritent près de 45 % des espèces menacées en France métropolitaine, ils ne sont pas mieux lotis, figurant même parmi les écosystèmes les moins bien conservés à l’échelle nationale. Entre 1960 et 1990, déjà, environ la moitié des zones humides avait disparu, en raison principalement de l’urbanisation et des nombreux drainages agricoles. Ce déclin s’est confirmé, et en 2020, 51 % de la superficie des milieux humides restants étaient dégradés.

Forêt et biodiversité menacées

Avec une augmentation du volume de stock de bois sur pied de 137 m3/ha à 173 m3/ha entre 1985 et 2024, la forêt française progresse. Cependant, elle subit dans le même temps la hausse de la mortalité de ses arbres. Lié à des crises sanitaires, ce changement est aussi accentué par des conditions climatiques de plus en plus difficiles : le stress hydrique nommant et la prolifération d’insectes xylophages. Entre 2015 et 2023, cette mortalité a atteint 16,7 Mm3 par an, contre 7,4 Mm3 par an entre 2005 et 2013. Conséquence : les services rendus par la forêt ont reculé. Entre 2012 et 2022, la fourniture de bois a diminué de 19 % et la séquestration du carbone de 8 %.

Ainsi, la France a beau dépasser la cible de 30 % d’aires terrestres protégées fixée par l’Europe, seuls 16 % des « habitats d’intérêt communautaire » du territoire – dont l’état doit assurer le maintien – sont en réalité dans un état de conservation favorable sur la période 2019-2024. De nombreuses espèces de plantes, mammifères et oiseaux sont menacées. Entre 2019 et 2024, 24 % seulement des espèces métropolitaines sont dans un état de conservation favorable.

Le climat perd le nord

En parallèle, caractérisé par une hausse des températures de 2,1 °C par rapport à 1900-1930, le changement climatique s’est bel et bien installé sur le territoire français, avec des répercussions directes, concrètes et visibles : élévation du niveau des mers, modification de la pluviométrie, multiplication des sécheresses ou perte de biodiversité. Dans ce contexte, les risques naturels prennent, eux aussi, de l’ampleur. Inondations, tempêtes, submersions marines ou encore phénomènes de retrait-gonflement des argiles : entre 2001 et 2024, les évènements climatiques très graves ont été quatre fois plus nombreux dans l’Hexagone qu’entre 1950 et 2000.

La France a également été plus touchée que ses voisins européens. En 2024, le coût des sinistres pour catastrophe naturelle s’y est élevé à 1,7 milliard d’euros. Sans infléchissement massif des trajectoires climatiques actuelles, le Network for Greening the Financial System2 évalue à 15 %, en 2050, la perte probable de PIB des pays, liée aux risques physiques.

Face à ces défis environnementaux et climatiques, les acteurs publics et privés se sont engagés : dans la prévention des pollutions, dans la restauration des milieux et dans la réduction de la consommation des ressources naturelles. En 2023, les dépenses en faveur de la protection de l’environnement et de la gestion durable des ressources ont été estimées à 100 milliards d’euros, dont 30 milliards d’euros financés par le secteur public. Pour rappel, le rapport Pisani-Ferry-Mahfouz de 2023 préconisait d’engager 25 à 34 milliards d’euros supplémentaires de dépenses publiques pour la transition écologique, chaque année, de la part de l’État et des collectivités.

En 2023, les éco-activités ont en outre généré 65,7 Md€ de valeur ajoutée, soit 2,6 % de l’ensemble de la valeur ajoutée produite en France. Le traitement des déchets a par exemple progressé, avec 19 filières opérationnelles en 2023 et 12,6 millions de tonnes collectées. Autre progrès : la consommation finale des énergies fossiles a diminué de 17,1 % entre 2012 et 2024, tandis que la consommation finale des énergies renouvelables augmentait de 37,3 %.

1 Hors Utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie.

2 Réseau de 150 banques centrales et superviseurs financiers.

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